Présentation
Charlotte Pezeril et Yagos Koliopanos publient un nouvel article dans la revue GENDER, intitulé Challenging Inequalities: HIV, Age, Gender, and the Dynamics of Intrasectionality. Cette contribution propose une réflexion sur le concept d’intrasectionnalité à partir de recherches menées auprès de personnes vivant avec le VIH en Belgique.
Résumé
Cet article propose de contribuer aux débats contemporains sur l’intersectionnalité en développant la notion d’intrasectionnalité. Sans constituer une alternative à l’intersectionnalité, cette approche entend en approfondir les apports en déplaçant le regard des seules relations entre catégories sociales vers les processus qui les produisent, les traversent et les transforment.
À partir des travaux d’Ido Katri, Bruno Perreau et Shreya Atrey, nous montrons que l’intrasectionnalité repose sur trois propositions complémentaires. Premièrement, elle invite à analyser les hiérarchies et les rapports de pouvoir qui structurent les groupes minorisés eux-mêmes, en montrant que les inégalités ne s’exercent pas uniquement entre groupes dominants et dominés, mais également au sein des catégories politiques et identitaires. Deuxièmement, elle conduit à une critique de la naturalisation et de l’essentialisation des groupes sociaux, en interrogeant les processus historiques, institutionnels et militants qui produisent des catégories apparemment homogènes et les intérêts qui leur sont attribués. Enfin, elle ouvre une réflexion sur les conditions de la solidarité minoritaire, conçue non comme le produit d’une identité commune ou d’intérêts partagés, mais comme une coalition construite à partir de la reconnaissance des différences, des asymétries et des privilèges internes.
Le cas du VIH constitue un terrain particulièrement heuristique pour explorer ces enjeux. À partir de plusieurs enquêtes qualitatives et quantitatives menées en Belgique auprès de personnes vivant avec le VIH, nous montrons que le statut sérologique ne fait pas disparaître les inégalités de genre, de race, de classe, de sexualité ou d’âge, mais les reconfigure au sein même de cette catégorie. L’analyse met en évidence la construction sociale et politique des « personnes vivant avec le VIH », les mécanismes d’invisibilisation qui affectent certaines populations, les tensions entre visibilité et effacement, ainsi que les différenciations liées au vieillissement avec le VIH.
L’intrasectionnalité apparaît ainsi comme un approfondissement critique de l’intersectionnalité, permettant d’articuler une réflexion sur la production des catégories, les rapports de pouvoir qui les traversent et les possibilités de coalitions fondées sur la reconnaissance des différences plutôt que sur la présomption d’une unité des groupes minorisés.
En ligne sur le site de la revue :
https://budrich-journals.de/index.php/gender/article/view/46956



